LES ROMANESQUES

Une comédie de Edmond Rostand mise en scène par la Compagnie 800 Litres de paille

Spectacle tout public.

Avec : Sylvette : Frida GALLOT-LAVALLEE, Percinet : Lucas ROGLERBergamin, père de Percinet : Valentin CLERC, Pasquinot, père de Sylvette : Jonathan DELEGLISE, Blaise, jardinier : Frida GALLOT-LAVALLEE, Straforel : TOUS LES COMEDIENS, Un mur, personnage muet : DES BALLOTS DE PAILLE, Spadassins, musiciens, bourgeois, porteurs de torches, notaire, etc : LE PUBLIC
Scénographie : Analyvia LAGARDE, Lumière :
Création prévue pour 2020

Résidences à ce jour : Salle Jean GENET à Couches (71) Galerie Esperanto à Nolay (21)

Coproduction Nous sommes encore à la recherche de coproducteurs, de partenaires et d’autres lieux de résidence pour cette création.

"La scène se passe où l’on voudra, pourvu que les costumes soient jolis"

Synopsis - Malgré la haine qui oppose leurs pères, Sylvette et Percinet s’aiment. Depuis un mois, un vieux mur, qui sépare les deux propriétés, est le témoin muet de leur passion secrète. Ces deux jeunes serins poétiques, à l’esprit romanesque, se rêvent en Roméo et Juliette et sont persuadés que leur amour brisera toutes frontières. Car, oui, c’est comme ça que cela se passe... dans les livres. Mais en réalité, cette guerre entre Pasquinot et Bergamin, les deux pères, n’est qu’un machiavélique stratagème destiné à marier les enfants, abattre le mur et, ainsi, fondre leurs deux terres.

 

L’Acte Premier s’ouvre sur deux jeunes amants lisant un extrait de la pièce Roméo et Juliette, tous deux assis sur un vieux mur qui sépare leurs jardins. Le livre refermé, ils se plaignent alors de leur triste sort : être condamné à ne pouvoir s’aimer à cause de la haine de leur deux pères. On découvre ensuite ces derniers, Bergamin et Pasquinot, qui s’embrassent soudainement et dévoilent au public tout leur stratagème : ils ont fait croire à leurs enfants qu’ils se détestaient afin que ces derniers tombent dans les bras l’un de l’autre et ainsi, par leur mariage, faire que leurs deux propriétés se retrouvent en une seule et même terre plus rentable. Bergamin va, avec Pasquinot, faire appel aux services d’un spadassin dénommé Straforel pour que ce dernier mette en scène l’enlèvement de la jeune fille : Sylvette est, évidemment, sauvée par Percinet qui, lui, croit vraiment s’être battu contre trente personnes. Les pères arrivent, « comme par miracle », sur ces entrefaits et tout le monde est réconcilié « comme par miracle ».

 

L’Acte Deuxième s’ouvre sur l’absence du mur, un mois après. D’un côté, les jeunes amoureux vivent enfin leur amour au grand jour. De l’autre, les deux pères regrettent finalement leur vie si romanesque d’autrefois. Mais les enfants découvrent que cet enlèvement était prémédité et donc que tout était faux. Ils décident alors de se séparer chacun de leur côté. Straforelvient demander son argent. Mais les deux pères lui répondent que, s’il souhaite être payé, il doit retrouver Percinet parti combattre le monde, vexé.

 

L’Acte Troisième s’ouvre sur la reconstruction du mur par un maçon, entouré des deux pères tout excités à l’idée de ce retour à la normale. Une fois les deux parents partis, on découvre que le maçon était en fait Straforel. Se faisant passer pour un marquis le plus extravagant possible, il tente ensuite de dégoûter Sylvette du romanesque par tous les moyens. Une fois la pauvre femme évanouie, Straforel s’en va pour laisser place au retour de Percinet, tout abîmé de son périple contre la Vie. Il se retrouvent enfin et s’avouent que, malgré l’artificiel de l’enlèvement, leur amour lui était bien véritable. Straforel fait venir les deux pères et leur défend de retirer le mur afin que la paix, l’amour et le rêve puissent exister de nouveau. La pièce se termine sur une descente des acteurs vers le public pour les prier, à la manière du Songe d’une nuit d’été, de bien vouloir excuser les acteurs de la légèreté de la pièce qu’ils viennent d’interpréter.

juste ce qu’il faut

Puisqu’il est question dans la pièce de faire tomber les murs, nous allons exploser le quatrième. La mise en scène de ce spectacle sera caractérisée par sa proximité avec le public.

 

A travers un dispositif bifrontal, cette proximité s’inscrira dans la continuité de notre dynamique de décentralisation et donc de désacralisation du théâtre, recherches fondatrices de la compagnie. Le personnage peut ainsi tendre la main au spectateur et rendre son texte palpable à tout profil - de celui qui a peur de ne rien comprendre à celui qui croit tout savoir, par exemple. Et à travers Les Romanesques, l’auteur s’adresse lui-aussi à tous ces gens-là, en se moquant de ce théâtre prétendument élitiste mais aussi et surtout en se moquant de lui-même.

 

L’idée de notre précédente pièce (Le Mariage forcé, de Molière) était de jouer un spectacle pouvant s’installer dans n’importe quel lieu en s’adaptant à celui-ci, sans artifices. Quelques rangs de chaises posés tout autour de notre plateau et quatre ballots de paille suffisaient à nous installer et à amener au théâtre. Pour Les Romanesques, la paille, son odeur et son bruit seront encore du voyage. Faire de ce matériau notre marque signe le théâtre que nous souhaitons défendre : un théâtre de l’économie où le spectateur à la place pour son imaginaire. Pas de surplus, juste ce qu’il faut. Cette fois-ci, c’est donc dans un rapport de bifrontalité que nous convoquerons Rostand. Un mur séparant deux jardin ou quelques ballots de paille empilés séparant deux gradins. Car finalement il nous faudra peu, ou plutôt, l’essentiel pour transmettre au spectateur la situation et l’époque. Nous chercherons à créer des manques pour jouer sur les temporalités, sur les codes de représentation. Pas de surplus, juste ce qu’il faut.

 

Les Romanesques, c’est un terrain de jeu que l’auteur nous offre et que nous souhaitons transmettre au public avec ce feu d’artifices de rimes et de rebondissements ; une fête où le spectateur peut se laisser porter et surprendre par les comédien.ne.s qui se retrouvent devant, derrière, à gauche et à droite de lui. Et également, durant la scène burlesque de l’enlèvement, Straforel, le maître à jouer de la pièce, impliquera certains membres du public dans son subterfuge.

 

Concernant Straforel, il nous apparaît essentiel de partager ce personnage entre les quatre comédiens du spectacle : il est le personnage « metteur en scène » de la pièce et constituer cette figure à quatre visages fait écho à notre processus de création horizontal. Nous sommes tous une part de Straforel, c’est-à-dire que nous sommes tous ensemble les moteurs dont la pièce a besoin pour initier et servir l’action.

extrait

PASQUINOT, bas à Bergamin.

Dis donc, demande-lui ce que ça va coûter.

BERGAMIN

Pour un enlèvement, que prenez-vous, cher maître ?

STRAFOREL

Cela dépend, monsieur, de ce qu’on veut y mettre. On fait l’enlèvement un peu dans tous les prix. Mais, dans le cas présent, et si j’ai bien compris, Il ne faut pas compter du tout. À votre place, J’en prendrais un, monsieur, là, – de première classe ! BERGAMIN, ébloui.

Ah ! vous avez plusieurs classes ?

STRAFOREL

Évidemment !

Songez que nous avons, monsieur, l’enlèvement

Avec deux hommes noirs, l’enlèvement vulgaire,

En fiacre, – celui-là ne se demande guère,

– L’enlèvement de nuit, l’enlèvement de jour,

L’enlèvement pompeux, en carrosse de cour,

Avec laquais poudrés et frisés – les perruques

Se payent en dehors, – avec muets, eunuques,

Ninjas, sbires, brigands, mousquetaires, au choix !

L’enlèvement en poste, avec deux chevaux, trois,

Quatre, cinq, – on augmente ad libitum le nombre,

– L’enlèvement discret, en berline, – un peu sombre,

– L’enlèvement plaisant, qui se fait dans un sac,

Romantique, en bateau, – mais il faudrait un lac !

– Vénitien, en gondole, – il faudrait la lagune !

– L’enlèvement avec ou sans le clair de lune,

– Les clairs de lune, étant recherchés, sont plus chers !

– L’enlèvement sinistre aux lueurs des éclairs,

Avec appels de pied, combat, bruit de ferraille,

Chapeaux à larges bords, manteaux couleur muraille,

L’enlèvement brutal, l’enlèvement poli,

L’enlèvement avec des torches – très joli !

– L’enlèvement masqué qu’on appelle classique,

L’enlèvement galant qui se fait en musique,

L’enlèvement en chaise à porteurs, le plus gai,

Le plus nouveau, monsieur, et le plus distingué !

 

Intégralité du texte consultable et téléchargeable sur ce lien https://libretheatre.fr/wpcontent/uploads/2018/01/lesromanesques_rostand_LT.pdf edmo

edmond rostand

Né le 1er avril 1868 à Marseille, Edmond Rostand est sans doute l’un des auteurs ayant eu le plus de succès dans le Paris de la « Belle Époque » et, encore aujourd’hui, dans la mémoire populaire. Indissociable du nom de Cyrano de Bergarc, on oublie cependant toutes ses autres pièces (Les Deux Pierrots 1890, La Princesse Lointaine 1895, La Samaritaine 1897, L’Aiglon 1900, Chantecler 1910 et La Dernière Nuit de Don Juan 1921, sans compter toutes ses poésies), certaines couronnées de succès, d’autres d’insuccès. Quoiqu’il en soit, le poète dramaturge, qui voue une admiration sans borne à Musset et à Hugo, n’a cessé d’écrire toute sa vie : d’abord, pour lui-même, toujours en quête de rêves, de beauté et d’idéal ; mais aussi, pour les autres, pour sa femme, Rosemonde Gérard, ou encore pour la grande Sarah Bernhardt.

 

C’est pour sa femme que Rostand écrit Les Romanesques en 1894. Rencontrés en 1887, mariés en 1890, le couple file de parfait amour ; en témoignent ces vers de Rosemonde :

« Et comme chaque jour je t’aime davantage,/ Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain, / Mon amour se fera plus grave et plus serein. » C’est l’expression de ce parfait amour, de cet amour rêvé, idéalisé que l’on retrouve dans Les Romanesques.

 

Face au succès que remporte la pièce lors de sa première création à la Comédie Française, le 21 mai 1894, la critique est unanime : « C’est une comédie d’imitation et cependant originale, grâce à une adresse remarquable, qui perce à travers les souvenirs classiques et romantiques à la fois de Regnard et de Musset. », « C’est très brillant, tout pétillant d’esprit et, par endroit, tout éclatant d’une gaieté large et aisée. »Loin d’une idée commune qui voudrait que le vers soit une forme de langage austère, inaudible, voire rigide, Rostand donne un souffle nouveau à l’alexandrin en lui confiant une musicalité limpide et si coulante que le vers flirte avec la prose.

 

Rostand nous présente des personnages colorés, burlesques, ridicules, touchants, tout cela permettant d’explorer un large panel d’interprétations. Et de cette façon, l’auteur rend tendrement hommage à l’oeuvre de Shakespeare à travers de nombreuses références telles que Roméo et Juliette ou bien encore Le Songe D’une nuit d’été, c’est à-dire des pièces aux rebondissements nombreux, aux thématiques intemporelles et des personnages aux destins tragiques ; mais tout cela mis entre les mains de ses personnages à lui, de sa patte : un jeune garçon du nom de Percinet et une jeune fille du nom de Sylvette qui, tous deux, veulent devenir des Amoureux Shakespeariens. Ainsi, la pièce s’ouvre sur ces deux protagonistes qui se lisent Roméo et Juliette